La pédagogie de l’erreur

Pédagogie de l’erreur : accepter de se tromper pour mieux avancer

Quand un enfant parle de son travail, il fixe son attention sur les fautes qu’il a faites ou est susceptible de faire. Résultat : il perd confiance en lui. Pourtant, l’erreur a une place importante dans l’apprentissage de tous. En matière d’instruction, la France traîne encore un gros boulet : le perfectionnisme. Et dans notre pays, des siècles de religiosité ont transformé ces manquements en fautes : se tromper, c’est mal faire. Toutefois, en pédagogie de l’erreur, mal faire est une bonne chose. Je vais même oser vous dire : mal faire, c’est nécessaire quand on apprend ! S’intéresser à ce type de pédagogie permet de mieux comprendre en quoi ces erreurs (et non des fautes !) sont intéressantes pour évoluer dans tous les apprentissages.

Quel est le statut de l’erreur en pédagogie ?

Pour mieux comprendre ce concept de l’erreur comme clé de l’apprentissage, nous allons nous rapprocher des neurosciences. En effet, ici elles nous sont d’une aide précieuse, car elles ont démontré que pour apprendre, il faut se tromper. Et l’explication est toute simple : c’est quand un sujet fait une erreur qu’il commence à apprendre. En fait, se tromper permet de passer en mode d’apprentissage actif 😊. 

Si l’on ne se trompe jamais, ça signifie que l’on n’est jamais dans la difficulté. C’est-à-dire que ce que l’on apprend est trop simple. Si l’apprentissage est trop simple : l’individu n’apprend rien. CQFD. 

L’art d’enseigner consiste à proposer des activités qui ne soient ni trop simples ni trop complexes. L’objectif n’est pas de décourager l’enfant en lui proposant des leçons trop difficiles, dans l’espoir qu’il se trompe. Il faut trouver le juste milieu : on parle de zone proximale de développement. Ce concept, issu du travail de Lev Vygostki, traduit simplement la bienveillance didactique que doit adopter tout adulte qui accompagne un enfant dans son apprentissage. Un enfant qui se trompe, même pour la énième fois, est encore susceptible d’apprendre. Ainsi, le travail de l’enseignant ou de l’éducateur, qu’il s’agisse du parent ou d’un professionnel, consiste à repérer le point de blocage et à trouver des moyens pour faire autrement.

Se réjouir de l’erreur d’un enfant n’est pas faire preuve de folie, mais bien au contraire : c’est devenir raisonnable ! Une erreur est une merveilleuse occasion d’aller plus loin. Et s’il en est ainsi pour l’apprentissage scolaire, n’est-ce pas la même chose pour l’apprentissage de la vie ?

Pourquoi faire des erreurs contribue-t-il à l’apprentissage ?

Afin de faire de l’erreur une occasion d’apprendre, il est essentiel d’adapter des outils pratiques pour l’apprentissage. Il convient de prendre le temps de la réflexion et de ne pas agir trop rapidement. L’objectif ? Arrêter de dire « non », « c’est faux », « tu n’as pas compris ». Voici des habitudes à perdre pour adopter une attitude bienveillante et créer une atmosphère sécurisante de travail.

Pour que l’erreur puisse porter son fruit, il va falloir commencer par revoir certaines façons de communiquer avec son enfant lors des devoirs à la maison par exemple. Un enfant qui se trompe, c’est normal. Un enfant qui ne comprend pas tout de suite, c’est normal. Patience et bienveillance sont les mots clés pour un apprentissage en douceur.

jeune fille assise à une table de travail avec la tête posée dans ses bras

Notre héritage culturel veut que l’on remette plus facilement en cause l’enfant que l’éducateur. Or, ce n’est pas au cerveau de s’adapter aux explications de l’enseignant, mais à l’enseignant de s’adapter au cerveau de l’enfant. Une fois ce concept assimilé, c’est la porte ouverte à un apprentissage plus serein, et donc forcément mieux compris. 

Comment réagir ? Le questionnement est à l’erreur, ce que la clé est à la serrure. 

Pour commencer, je vous conseille de cesser de marquer l’incapacité de l’enfant et de remplacer ce réflexe par le questionnement : 

👉 Questionner l’erreur d’orthographe ou de calcul : 

Si un enfant écrit « Laure a trois billes » en oubliant le « s » au mot « bille », je vous invite à poser la question suivante à l’enfant : « Combien Laure a-t-elle de billes ? ». Le questionnement va solliciter l’hémisphère langagier et permettre une analyse consciente. 

Donner les réponses à l’enfant ne permet pas de faire de l’erreur une occasion d’apprendre. L’objectif est de permettre à l’enfant de trouver par lui-même. Et le questionnement permet justement de mettre en place un étayage didactique qui n’est rien de plus que de la bienveillance dans l’apprentissage. Questionner, c’est redonner à l’enfant la responsabilité de son apprentissage et placer de son côté la possibilité de réussir. Quand un enfant répond à votre question, il gagne en confiance et c’est cette confiance qui lui permet d’apprendre. Le travail de l’enseignant et du parent sera donc de poser des questions accessibles pour mener pas à pas l’apprenant vers la solution.

Comment nos erreurs nous permettent-elles de mieux mémoriser ?

Questionner l’erreur plutôt que la pointer du doigt, c’est un concept qui devrait se démocratiser. En plus d’être en faveur d’un apprentissage sur la durée, il permet de favoriser la mémorisation. L’erreur est nécessaire pour apprendre, ce n’est plus un secret ! Le questionnement, en réponse à l’erreur, doit permettre à la fois de mettre en confiance, mais aussi de solliciter l’hémisphère analytique. De plus, quand un enfant répond à votre question, il parle, et la parole a un impact très important sur l’apprentissage et la mémorisation ! C’est la verbalisation par l’apprenant qui permet d’activer la mémoire de travail, laquelle est indispensable à l’instruction.

📌 Pour mieux comprendre cette notion de la parole sur l’apprentissage, lisez cet article sur le sujet 📌

L’erreur permet d’apprendre, mais aussi de mémoriser. Comment puis-je mémoriser si je ne me trompe pas ? C’est en se trompant que l’enfant met en lumière ce que sa mémoire n’a pas encore fixé. 

Voici une mise en situation : un enfant apprend son vocabulaire, ou ses tables de multiplication, et voilà qu’il se trompe. On peut enfin se dire « Génial, mon enfant se trompe ! ». Tout ce qu’il a su dire ou réciter est moins important que ce qu’il n’a pas su dire ou réciter. Ce n’est pas pour le décourager ou lui faire sentir qu’il est nul, mais au contraire, pour lui faire prendre conscience de ce qu’il ne sait pas encore ! Essayez cette méthode, vous allez être surpris(e) 😊. 

deux enfants couchés sur le sol en train de travailler avec complicité

Cette façon de voir les choses est valable à tout âge et pour toute situation d’apprentissage. 

Quand une personne apprend une formule, une définition, un poème ou un cours : l’erreur est en fait une merveilleuse occasion de conscientiser ce qui n’a pas été retenu et de fixer l’attention sur l’élément pas encore bien intégré. C’est aussi simple que ça : c’est quand je me rends compte que je ne sais pas, que je commence à apprendre et que ma mémoire fixe les choses.

📌 Vous cherchez des outils pour aider votre enfant à réussir son année scolaire ? 

Découvrez la formation RéEDUK’action 📌

Savoir laisser la place à l’erreur sans décourager la personne qui apprend : voici une des clés fondamentales pour un apprentissage serein et sans blocages. La pédagogie de l’erreur permet de poser un regard nouveau sur les méthodes d’enseignement, que ce soit pour les enfants, mais aussi pour les adultes. Se tromper, c’est le chemin principal pour mieux apprendre. Se tromper, c’est une étape essentielle pour faire travailler le cerveau et la mémoire. Apprendre à apprendre, c’est la mission que je me suis fixé avec Pédago’Vie, et chaque jour je constate que ça porte ses fruits. L’apprentissage est constant tout au long de notre vie, il est donc normal qu’il se fasse avec plaisir ! 

Ne manquez pas la publication des articles
du blog de Pédago’Vie !

3 Commentaires

  1. […] À lire : la pédagogie de l’erreur […]

    Répondre
  2. Comment devenir résilient
    22 octobre 2024

    […] Pourquoi on apprend mieux par l’échec ? […]

    Répondre
    1. Guillaume Bousquet
      23 octobre 2024

      Tant que je ne sais pas que je ne sais, je n’apprends. Faire une erreur (ou échouer à un exercice, une dictée, un examen, …) permet de mettre en lumière ce que je ne sais pas, ou ce que je ne sais pas suffisamment, ce que je n’ai pas compris. Alors l’apprentissage est possible et je peux progresser !

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Faire défiler vers le haut