Compréhension des consignes : parler pour favoriser l'apprentissage
L’école a repris depuis quelques semaines et les élèves sont parfois confrontés à des difficultés de compréhension des différentes consignes ou des questions posées sur les documents littéraires et d’autres matières. En tant que parents ou enseignants, on se sent parfois bien démunis devant ces difficultés. Pourtant, comme dans beaucoup de situations, il est possible de favoriser la compréhension des consignes grâce à la parole. Je vous en dit un peu plus dans cet article.
Mieux comprendre le cerveau pour favoriser la compréhension des consignes
Pour mieux comprendre le cerveau et sa façon de travailler, nous allons parler de neurologie. Rassurez-vous, nous ne rentrerons pas dans tous les détails ! Mais de manière assez simple, je vais vous expliquer ce qui se passe dans la tête de nos enfants, mais aussi dans la nôtre.
Dans le cerveau, on peut distinguer deux types de circuits neuronaux :
- Les circuits dits intuitifs ou réflexes : ils sont caractérisés par la rapidité d’exécution et l’absence de réflexion.
- Les circuits dits conscients : ils sont 4 fois plus lents, mais ils font intervenir le temps, le sens, le détail, et la logique.
Nous avons besoin des deux, mais pour construire des apprentissages durables, qu’est-ce qui est préférable ? La rapidité et le tâtonnement ? ou l’analyse et la logique ?
Réfléchir avant de parler : est-ce naturel ?
Les circuits intuitifs et rapides sont innés, il n’y a pas besoin d’apprendre à les solliciter. Dès ses premiers pas, l’enfant va agir de manière réflexe, par imitation et sans réfléchir. Durant ses trois premières années, c’est pertinent car son fonctionnement cérébral lui permet d’apprendre par absorption, sans effort. Mais à partir d’un certain âge, il va falloir construire l’apprentissage autrement.
Apprendre rapidement et sans réfléchir n’est plus efficace. Si la tendance naturelle de l’enfant est de choisir ce qui est rapide, ce n’est pas le meilleur chemin car l’apprentissage ne sera alors ni efficace ni durable ni structurant pour l’individu. Les circuits conscients, qui font appel à l’analyse, à l’observation et à la logique, sont de l’ordre de l’acquis, ils doivent être construits par l’environnement éducatif et pédagogique. Or notre société du zapping et du fast-food où l’on veut tout et tout de suite, favorise nos circuits intuitifs. Dans une culture hyper-intuitive et hors réalité, la valeur de l’effort est inévitablement en crise.
Comprendre et mémoriser : c’est à portée de bouche
Pour que l’information emprunte les bons circuits, ceux qui structurent l’apprentissage et l’individu, c’est simple. Il faut dans un premier temps ancrer l’information dans la réalité, en se faisant une image mentale qui permet d’accéder à sa logique. Et dans un deuxième temps seulement, il est important d’analyser les détails formels. Impossible de faire tout ça efficacement sans verbaliser.La neurologie a montré que la parole de l’apprenant permet d’activer les circuits conscients.
Quand nous parlons, nous bougeons nos mâchoires et ce simple mouvement active dans le cerveau différentes zones du faisceau arqué, notamment l’aire de Broca et l’aire Wernicke, qui sont les aires principales du langage et de la compréhension du langage. N’est-ce pas extraordinaire ?
Alors, quand l’enfant apprenant parle à voix haute, pour lui-même, il active ces fameux circuits conscients, et ainsi son travail a plus de chances d’être sous-tendu par l’analyse, la logique et le sens.
Parler à voix haute booste la compréhension
Eh oui, parfois la solution est aussi simple que ça. Pour favoriser la compréhension des consignes, il faut commencer par l’énoncer à voix haute.
La plupart du temps, comment un enfant fait-il pour lire la consigne d’un exercice ou le passage d’un texte sur lequel il va devoir répondre à des questions : il lit généralement en silence !
Pourtant, les observations neurologiques faites par IRM ont montré qu’une lecture qui ne permet pas de s’entendre n’est pas efficace.
La lecture et l’écriture doivent être traitées dans les aires auditives du cerveau verbal, cette fameuse aire de Broca. Pour cela, il suffit à l’apprenant de parler pour lire.
Si un enfant veut comprendre ce qu’il lit, il lui faudra toujours s’entendre. Et pour cela, dans un premier temps, il est nécessaire de passer par la verbalisation de l’énoncé : dire à voix haute ce que je lis.
Bien sûr, nous sommes tous différents et nous n’apprenons pas tous de la même manière !
Antoine de La Garanderie a identifié chez l’être humain trois modes cognitifs¹, c’est-à-dire 3 façons d’accéder à la connaissance.
- Le mode auditif
- Le mode kinésique
- Le mode visuel
Chaque être humain possède ces 3 modes, mais il y en a un en particulier qui domine et qui caractérise la personne dans sa façon d’apprendre. De ce fait, nous sommes tous différents face à l’apprentissage.
Pourtant, Élisabeth Nuyts-Vaillé², logopédagogue, a démontré par ses recherches, qu’aucun de ces trois modes d’apprentissages ne peut se passer de la verbalisation. L’enfant qui apprend, qu’il soit davantage visuel, auditif, ou kinesthésique, doit parler à voix haute, particulièrement durant les premières années de son apprentissage, et ce dès la maternelle !
Alors oui, nous sommes bien différents les uns des autres, mais il y a des lois universelles d’apprentissage qui correspondent à tous les individus, quel que soit leur profil.
Arrêter de lire en silence pour favoriser la compréhension des consignes : par où on commence ?
Comme nous l’avons vu, parler à voix haute favorise la compréhension, mais comment est-ce que l’on met en place cette méthode ?
Imaginons que votre enfant fasse ses devoirs, il a un exercice de mathématiques ou de français à réaliser.
D’habitude, il lit la consigne en silence. Puis, soit il vous interpelle pour vous dire qu’il n’a pas compris, soit il se lance dans l’exercice mais se rend vite compte qu’il n’a pas vraiment compris.
Si votre enfant a lu la consigne de son exercice de maths ou de français et qu’il vous appelle pour vous dire qu’il n’a pas compris, inutile de vous énerver. Même si l’exercice vous paraît très simple. Ce qui l’est pour vous ne l’est pas forcément pour lui.
Je vous livre deux bons réflexes à avoir pour l’aider à comprendre et ainsi réaliser ses exercices de manière détendue.
- Le bon réflexe n°1 consiste à lui demander de vous lire la consigne. Il sera donc obligé de la lire à voix haute. Pour que cette lecture soit efficace, il est important d’expliquer qu’il lit pour lui, pas pour vous. Un enfant qui lit pour les autres fait davantage attention à sa diction, au ton qu’au sens du texte. C’est une lecture intuitive la plupart du temps. Donc l’enfant lit la consigne à voix haute. Vous savez, dans ma classe, bien souvent, après cette étape, certains de mes élèves s’exclamaient alors : « Ah ça y est, j’ai compris monsieur ».
- Le bon réflexe n°2, si votre enfant, après lecture à voix haute, vous dit qu’il n’a toujours pas compris, ou si vous le lisez dans ses yeux. Demandez-lui alors de vous expliquer avec ses propres mots ce qu’il doit faire : vous pouvez lui dire quelque chose comme…« Relis la consigne lentement et explique-moi ce que tu dois faire ». Souvent, dans cette situation, l’enfant va « paraphraser » la consigne, c’est-à-dire qu’il va redire les mots de la consigne, et c’est ok. S’il arrive à utiliser d’autres mots que ceux de la consigne, tant mieux, mais ce n’est pas une obligation. L’important est qu’il reformule en utilisant le “Je”. C’est ainsi qu’il va alors se faire une image mentale et accéder au sens.
Essayez ces deux conseils lors des devoirs du soir, vous allez être surpris par les résultats. L’enfant se sent écouté et compris. Il n’est plus jugé parce ce qu’il n’y arrive pas. Au contraire, on l’accompagne. Que ce soit en classe ou à la maison, il faut toujours prendre le temps de lire à voix haute. Les conséquences sont visibles : l’enfant a compris ce qu’il devait faire, l’exercice est réalisé et l’élève est donc content d’ avancer. Si vous sentez que la situation est un peu bloquée, n’hésitez pas à proposer une pause attentionnelle avec une petite activité sur le mouvement. Ainsi, l’élève sera plus apte à reprendre l’exercice après.
Parfois, il existe des outils tout simples pour favoriser la compréhension des consignes et l’apprentissage en général. Cela commence par deux concepts importants : la patience et la bienveillance. En effet, un enfant qui doit aller vite ou qui est jugé, car il ne comprend pas les exercices demandés, risque de perdre confiance en lui. Or, pour la réussite scolaire et professionnelle de ces jeunes individus, il est essentiel de leur donner goût à apprendre. Pour cela, il suffit d’être à l’écoute et dans l’accompagnement.
Sources :
¹Antoine de La Garanderie, Les Profils pédagogiques, 1980.
²Elisabeth Nuyts-Vaillé, Dys…troubles de la mémoire, prévention et remèdes, 2004
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17 novembre 2025
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