Les compétences cognitives au service de l’apprentissage

Mieux comprendre les compétences exécutives et leur impact sur l’apprentissage

Elles sont méconnues et trop peu développées entre 0 et 7 ans. Résultat : l’apprentissage académique est long à se mettre en place. Appelées plus souvent « fonctions exécutives », il apparaît pertinent de les appeler « compétences » afin de les différencier des « fonctions cognitives », dont elles font partie. Ce sujet des compétences exécutives me tient à cœur car il est la base de mon métier de formateur et de dynamiseur d’apprentissage : c’est-à-dire revenir au bon sens et aux choses simples ! Dans cet article, nous allons voir plus en détail pourquoi le développement des compétences exécutives est un des piliers majeurs pour apprendre à apprendre.

Tout savoir sur les fonctions exécutives

Si vous cherchez sur internet, vous comprendrez vite que les compétences exécutives sont présentées de différentes manières. Chaque spécialiste a sa propre classification. Pas facile de s’y retrouver. Pour ma part, j’ai opté pour ces trois catégories qui paraissent pertinentes et claires :

1️⃣ La mémoire de travail
Ici, il s’agit de ne pas confondre la mémoire de travail avec la mémoire à court terme, laquelle se trouve « rangée » dans une autre fonction cognitive, à savoir les mémoires. 
C’est la capacité à garder une information en mémoire sur un temps court et à réaliser parallèlement une tâche sollicitant d’autres compétences. Elle est utilisée en permanence dans le quotidien et elle est fortement sollicitée à l’école.

2️⃣ Le contrôle inhibiteur
C’est la capacité à se contrôler, à se concentrer, et à inhiber les distractions. Cette compétence permet de rester concentré, contrôler nos impulsions/émotions, ou avoir les gestes appropriés. Appelée également « inhibition », elle représente un enjeu de taille pour la réussite scolaire.

3️⃣ La flexibilité cognitive
Il s’agit de la capacité à détecter ses erreurs, à les corriger, et à se montrer créatif. Cette compétence permet d’ajuster nos stratégies en cas d’erreur, faire preuve de flexibilité et de créativité.

Ces 3 compétences sont considérées par les spécialistes comme des fondations biologiques d’apprentissage. D’ailleurs, ces derniers recommandent la nécessité de mettre la priorité sur leur intégration dès le départ, quitte à retarder le travail d’objectifs plus scolaires (mathématiques, activités de langage, etc.).

Le centre du développement de l’enfant à Harvard explique que :

« Venir à l’école avec une base solide de ces fonctions exécutives est plus important pour les enfants que de connaître leurs lettres et leurs chiffres ».

« Offrir aux enfants les moyens de construire ces compétences à la maison, dans les programmes d’éducation précoces, et dans tous les autres contextes où ils vivent régulièrement, est l’une des plus importantes responsabilités de la société », car poursuit-il « contrairement aux croyances populaires, apprendre à se contrôler, à être attentif et à mémoriser consciemment des informations n’arrive pas automatiquement lorsque les enfants grandissent ».

À tel point que Adèle Diamond, la spécialiste mondiale de ces compétences, recommande de retarder l’entrée dans les apprentissages académiques quand ces compétences ne sont pas bien développées. En effet, leur développement est optimal entre 3 et 6 ans, et il est alors important de viser leur intégration dès la maternelle. C’est en réalité le programme le plus important du cycle 1.

enfant en train de faire du jardinage

Développer les compétences cognitives de nos enfants au quotidien

Comment intégrer ces compétences exécutives dès l’entrée dans la scolarité ? C’est tout simple : il faut permettre à son enfant de vivre dans la « vraie vie » ! Que ce soit à la maison, ou en classe dès l’entrée à la maternelle, l’enfant doit être en mesure de s’impliquer dans les différentes tâches quotidiennes comme : 

  • Arroser des plantes
  • Nettoyer la vaisselle
  • Essuyer une table
  • Faire ses lacets
  • Couper des légumes ou des fruits 
  • Cuisiner
  • Passer le balai
  • Vider le lave-vaisselle
  • Préparer ses affaires
  • Mettre ses chaussures

Après l’étude de la chercheuse Marty Rossman qui avait montré que la participation aux corvées domestiques dès l’âge de 3-4 ans améliore la réussite scolaire, c’est l’étude australienne de l’Université La Trobe à Melbourne, publiée en juin 2022, qui avance que les enfants qui réalisent régulièrement des tâches ménagères réussissent mieux à l’école que leurs camarades qui ne le font pas. Ceci inclut les tâches pour soi (par exemple se faire à manger), ou pour toute la famille (faire à manger à quelqu’un). De plus, c’est excellent pour l’estime de soi-même et la confiance en soi : des qualités essentielles pour aller de l’avant, et particulièrement dans la scolarité.

D’ailleurs, Céline Alvarez le décrit parfaitement bien dans son ouvrage « Les lois naturelles de l’enfant » et sur son site internet, lorsqu’elle décrit une situation qu’elle a vécue : 

« À Gennevilliers, il y avait un enfant de trois ans, habitué à ce que l’on fasse tout à sa place (…). Préoccupée par son développement exécutif, je passais un peu de temps tous les jours avec lui pour lui montrer comment se déchausser et se chausser seul. Après seulement deux jours, il commençait à reprendre plaisir à faire par lui-même. Le troisième midi, alors qu’il se trouvait dans le couloir sur le banc à mettre ses chaussures en attendant sa grand-mère, j’entendis un cri perçant. Il s’agissait d’un cri si primal que je n’avais pas même reconnu la voix du petit garçon. Sa grand-mère, pressée, était arrivée et avait tenté de lui prendre ses chaussures des mains pour les lui mettre. Pour se défendre, le petit avait repris ses deux chaussures, et était parti en courant vers la sortie de l’école, la grand-mère à ses trousses. Il s’arrêta sur le banc d’une autre classe, pleurant et redoutant un nouvel assaut de sa grand-mère, qui ne tarda pas à arriver : “Méchant ! Je vais te mettre tes chaussures, on est pressé !” Je dis à sa grand-mère : “Il veut seulement le faire lui-même, c’est important pour lui. Il veut que vous le laissiez faire.” Et je me plaçai entre l’enfant et sa grand-mère en invitant l’enfant à mettre ses chaussures : “Vas-y, mets tes chaussures, ta grand-mère va attendre, je reste là.” Il s’apaisa et mit, sous le regard coléreux et impatient de sa grand-mère, ses chaussures avec un soin amoureux. »

Preuve que quand on laisse faire les enfants, on leur apprend aussi à développer une certaine autonomie qui renforcera leurs fonctions exécutives. Ces mêmes fonctions qui leur sont indispensables dans leur apprentissage tout du long de leur passage à l’école. 

Le lien entre les compétences cognitives et l’apprentissage scolaire

Vous vous demandez pourquoi arroser des fleurs ou nettoyer la table aide les enfants à avoir de meilleurs résultats scolaires ?
Je vais vous expliquer 😊. 

Inviter vos enfants à exécuter des tâches ménagères de manière régulière va leur permettre d’augmenter leurs compétences en matière de résolution de problèmes. En effet, apprendre à suivre le rythme familial pour réaliser certaines missions en lien avec l’entretien de la maison va permettre à votre enfant d’apprendre à planifier, s’autoréguler, mémoriser des instructions et être plus à l’aise pour passer d’une tâche à l’autre.

Accueillir son enfant dans toutes les tâches qui touchent la vie de famille : nettoyage, jardinage, etc. est donc particulièrement bénéfique pour l’apprentissage scolaire. Il suffit d’adapter chaque activité selon l’âge de votre enfant.

De récentes recherches ont mis en avant que le fait d’impliquer vos bambins dans l’ensemble des activités quotidiennes va augmenter leur sentiment d’autonomie et leur apprend également « le vivre ensemble », ce qui conduit a de meilleurs comportements en société. D’ailleurs, dans une de ces études, il a été mis en avant qu’il y avait une corrélation nette entre le développement cognitif des enfants et leur implication dans les tâches ménagères. Et comme les fonctions cognitives commencent à se développer dès le plus jeune âge, il est important d’inviter nos enfants à participer le plus tôt possible.

Pour favoriser le développement des compétences exécutives à l’école, les enseignants de maternelle ont un seul objectif : faire entrer le quotidien dans la classe. Il s’agit de faire de la cuisine régulièrement, de sortir dans le bois le parc qui se trouve à côté, permettre aux enfants de réparer les dégâts causés par un verre d’eau renversé ou enlever la poussière sur les plantes de la classe. Toutes ces choses ont parfois disparu du quotidien scolaire. Il est vrai que faire sortir 30 enfants de l’école peut faire peur à cause de tout ce qu’on entend sur les accidents qui peuvent arriver. Certains enseignants n’osent pas se lancer dans des ateliers cuisine car leurs collègues ou des parents leur demandent « à quoi ça sert ? ». Et donner des tâches de nettoyage aux enfants est presque considéré comme de l’exploitation. Aberration ! Revenons au bon sens et permettons aux enfants de s’ancrer dans le réel et de vivre « la vraie vie ». Voilà le seul moyen de leur redonner tout leur potentiel cognitif et intellectuel !

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jeune garçon en train d'étaler de la pâte à pizza

Faire le choix d’impliquer son enfant dans la vie quotidienne de la maison ou de faire entrer le quotidien dans la salle de classe présente de nombreux avantages. Eh oui, en plus de vous aider et de vous faire gagner du temps, cela va permettre de booster leurs compétences cognitives tout en douceur. En plus, cela permet de passer des moments agréables, en famille et à l’école. Certes, au début, cela va peut-être vous prendre plus de temps lors des premières explications, mais ensuite cela deviendra un automatisme pour l’enfant, et pour vous. Parfois, le chemin pour la réussite scolaire peut être facile à emprunter, il serait dommage de passer à côté, non ?

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1 Commentaire

  1. Munsch Meylan
    17 août 2024

    Comme tous vos autres articles, je l’ai trouvé intéressant et j’ai plaisir à sentir que la roue va peut-être retourner dans le bon sens à force comme toujours de personnes qui ont un regard affuté et imaginatif, juste vrai et plein de vie comme le vôtre.
    Redonner du sens aux enfants dans ce qu’ils font pour les accompagner dans leur développement et l’acquisition d’autonomie, leurs apprentissages avec une base solide sur laquelle construire leur existence dans la confiance.

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