Lecture : Fluence et exercices de rapidité, est-ce une bonne idée ?

Lecture : fluence et exercices de rapidité, est-ce une bonne idée ?

Votre enfant est rentré en primaire, et il commence l’apprentissage de la lecture. Et vous, en même temps, vous venez de (re)découvrir un mot, tout droit sorti de la bouche de l’instit’ : la fluence. Késako ? Pour faire simple, on demande à l’élève de lire le plus de mots possible pendant une minute. Qu’en est-il de la compréhension du texte ? Existe-t-il des méthodes plus adaptées pour apprendre à lire avec plaisir ? Je vous en parle plus en détail dans cet article consacré à la lecture, la fluence et les exercices de rapidité.

La fluence en lecture : en quoi ça consiste ?

Vous allez vite le voir, j’ai un avis assez tranché sur la question, mais tout d’abord nous allons observer en quoi consiste la fluence en lecture. En France, on continue d’imposer des méthodes qui ne fonctionnent pas comme celle qui consiste à faire lire les enfants rapidement sur un temps donné. Pourquoi pratique-t-on toujours la fluence dans presque toutes les écoles françaises publiques et sous-contrats ? Car ce sont des directives ministérielles ! Mais, entre nous, est-ce qu’ils se sont demandé une seconde, ce que ça pourrait apporter aux enfants ? 

La fluence, telle qu’elle est appliquée dans notre pays, consiste à lire un texte le plus rapidement possible. En fait, le nombre de mots lus à la minute est chronométré. Sur le site de l’académie de Paris, nous pouvons lire (en faisant fi des nombreuses erreurs d’orthographe) : « La fluence relève de l’aspect technique de la lecture. Il s’agit de systématiser le décodage afin d’automatiser la voie indirecte, c’est-à-dire d’accélérer la vitesse de décodage. Un lecteur adulte expert lit en moyenne 200 mots par minute. » 

Jeune fille cachée devant une grosse pile de livres

Et les recommandations sont claires : « La fluence se travaille tous les jours le matin et l’après-midi. 30 minutes par jour. 2 heures par semaine. » 

En somme, on demande à l’enfant de lire un texte le plus rapidement possible pour atteindre, en fin d’année, le score demandé suivant son niveau scolaire. 

À titre d’exemple : 

  • Un adulte « expert » lit 200 mots à la minute
  • Un enfant de CP devrait lire 50 mots à la minute
  • Un enfant de CE1 devrait lire 70 mots à la minute
  • Un enfant de CE2 devrait lire 90 mots à la minute

Et plus l’enfant progresse dans le niveau scolaire, plus ça augmente. Arrivé en 6e, l’enfant devrait lire 130 mots à la minute.

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Ça, c’est sur le papier, mais qu’en est-il en classe ? Comment l’accompagnement est-il adapté pour des enfants DYS qui présentent déjà des troubles d’apprentissage ? Ancien professeur de français, je sais combien il peut être difficile pour certains élèves de lire de manière fluide, mais encore plus de comprendre un texte dans sa globalité. Et c’est bien là que sont les limites des exercices de fluence.

Lecture, fluence et exercice de rapidité : les ravages sur la compréhension

Pour moi, lire avec rapidité pour répondre à un exercice comme celui de la fluence est malheureusement une catastrophe. En effet, cette pratique n’est pas du tout aidante pour améliorer les compétences en lecture.

Au contraire elle va avoir tendance à créer des blocages ou des difficultés :

❌ Stress et dégoût de la lecture pour de nombreux enfants
❌ Blocage chez le profil dominant auditif qui a besoin de temps et d’accéder au sens (ce que ne permet pas du tout la fluence)
❌ Dissociation entre la fluidité de lecture et la compréhension : ce point est très important ! 

En effet, lire, c’est avant tout comprendre. Lorsqu’on lit un livre, on s’imagine, on se crée des images dans nos têtes, on se raconte l’histoire, bref on vit le livre. 

Or, les tests de fluence mettent l’accent sur la rapidité et non sur le sens. Bien souvent, un enfant qui lit un texte lors d’un test ou un atelier de fluence est incapable de raconter le texte lu. 

Ainsi, avec cette pratique hyper répandue et appliquée par les enseignants à l’école, au mieux nous fabriquons des individus qui lisent sans comprendre ce qu’ils lisent !

Dans ce contexte, ne nous étonnons pas que les enfants aiment de moins en moins lire.

enfant assis sur une pile de livre en train de lire une bande dessinée

C’est pourquoi je pense que faire de la fluence pour lire avec fluidité est contre nature

Il s’agit encore d’une pratique, développée par des experts adultes, qui ne prend pas en compte le rythme de l’enfant

Le pire, c’est que les spécialistes en sciences de l’éducation s’accordent pour dire que cette pratique n’est pas pertinente.Roland Goigoux, professeur des universités en sciences de l’éducation à l’université Clermont-Auvergne le dit très clairement dans ses articles sur la fluence : “Sur le plan scientifique, une synthèse internationale récente a conclu que la norme CWPM (en français NMCLM : nombre de mots correctement lus par minute) reposait sur une hypothèse insoutenable, dorénavant réfutée. L’analyse des données d’évaluations de la lecture dans 11 pays auprès de populations monolingues et multilingues et l’examen des relations entre vitesse (CWPN), précision de lecture (non chronométrée) et compréhension ont montré que la vitesse n’est pas un critère pertinent si l’on vise l’amélioration de la compréhension. La conclusion des chercheurs était sans appel : les gouvernants des systèmes éducatifs devraient cesser de privilégier cette norme et promouvoir une autre mesure de la fluidité qui combine précision, automaticité et prosodie.”

C’est très clair, la France devrait changer sa politique en matière de lecture.

🌸 Pour en savoir plus sur la fluence, sur la fluidité en lecture et les outils concrets pour l’améliorer, je vous invite à visionner le replay de l’atelier sur la fluidité en lecture 🌸

7 conseils pour donner envie de lire aux enfants

Les exercices de fluence risquent bien de faire perdre le goût de la lecture aux enfants. Or, lire représente tellement d’avantages au niveau cognitif ! Prendre le temps d’ouvrir un livre et de le comprendre permet de comprendre le monde qui nous entoure, d’améliorer son langage, mais aussi de développer ses facultés de concentration. Il serait tellement dommage de passer à côté de cet apprentissage naturel. Même si votre enfant suit la méthode de la fluence dans son école, je vous conseille de l’accompagner en douceur dans l’apprentissage de la lecture à la maison. Pour cela, je vous donne 7 conseils pour lui (re)donner plaisir à déchiffrer les mots : 

✅ Laissez-lui le temps de lire à son rythme. 

✅ Accentuez sur le sens et donc sur l’évocation au fur et à mesure de la lecture,

✅ Développez avec la lecture offerte, l’écoute consciente.

✅ Demandez-lui de reformuler l’histoire avec tous ses détails et dans l’ordre du texte

✅ Choisissez des livres ensemble, que ce soit à la librairie ou à la bibliothèque.

✅ Incitez-le à lire tranquillement ses livres seuls à voix haute, mais continuez à lui lire des histoires régulièrement.

✅ Et surtout, montrez l’exemple 😉 ! S’il vous voit lire quotidiennement, et surtout prendre du plaisir à le faire, nul doute que cela lui donnera envie de faire pareil.

enfant allongé sur un canapé avec un livre

Pour en finir avec les difficultés de lecture, je vous accompagne à travers ces différents programmes !  ⭐

Il est reconnu aujourd’hui que la fluidité vient avec le temps et découle de la prosodie (définie par les spécialistes comme “le mode d’expression approprié à la transmission du sens”). Plus un enfant met du sens, mieux il va lire. Ça demande de l’accompagner à son rythme. Mais à l’école, avons-nous encore le temps de prendre le temps d’apprendre avec cette méthode de lecture, la fluence et ses exercices? Chers enseignants, si vous êtes convaincus, donnez-vous le droit de faire autrement en revenant à des techniques basées sur le réel et le sens, Chers parents, vous pouvez prendre le relais si vous vous sentez assurés. Exit la lecture avec fluence et exercices de rapidité lorsque vous êtes à la maison. Prenez juste le temps de lire sereinement et de l’accompagner avec bienveillance dans ses moments de lecture. Il est certain que c’est la bonne route pour la réussite scolaire et l’apprentissage avec plaisir !

Vous avez des questions ou des expériences à partager ? N’hésitez pas à laisser un commentaire en dessous de l’article.

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9 Commentaires

  1. Anouchka Mondada
    3 janvier 2026

    Merci pour cet article vraiment pertinent.

    Répondre
    1. Guillaume Bousquet
      6 janvier 2026

      Avec plaisir Anouchka !

      Répondre
  2. […] D’autre part, la culture hyper-intuitive (au sens de fonctionnement réflexe, rapide et non-analytique) de notre époque post-moderne explique également l’explosion des symptômes associés au trouble de la dyslexie. Une lecture rapide ne peut pas être efficace et ne peut qu’amener à des confusions de lettres, de mots, et rendre difficile l’accès au sens : d’ailleurs, j’en parle plus en détail dans mon article sur la fluence.  […]

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  3. Khairun Nisa
    10 février 2025

    La pression pour lire rapidement peut même décourager certains élèves ou lecteurs novices. Une approche plus personnalisée et axée sur la compréhension semble donc plus adaptée. Quel est votre point de vue sur la nécessité d’inclure ces exercices dans les méthodes pédagogiques ? Y a-t-il des données qui démontrent un impact positif à long terme de ces pratiques ? Visit us Telkom University Jakarta

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    1. Guillaume Bousquet
      16 février 2025

      Les exercices de fluence sont tout simplement à éviter ! Les résultats de la France en lecture (étude Pisa et autres) démontrent l’inefficacité de cette méthode.
      Fut un temps, tous les enfants sortaient du primaire en sachant bien lire et écrire. Il n’y avait pas de fluence mais un accent mis particulièrement sur la compréhension (et pourtant les enfants entraient à l’école en CP).

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  4. ESCLARMONDE Edwige
    21 janvier 2025

    bonjour,
    C’est un gâchis, je suis bien d’accord : je donne des cours de soutien scolaire et fais ce constat : non seulement ils ne savent plus lire mais ils ne savent plus écrire . Parfois un mot de 5 syllabes prend la place de 2 syllabes sur la papier : toutes les lettres se chevauchent.
    Les enfants essaient d’apprendre quelques mots par coeur et le vocabulaire est très limité.
    Alors je donne à ordonner des images qui racontent une histoire , cela les aide à trouver un sens chronologique et à saisir la compréhension avec leur imaginaire. Après ils savent raconter l’histoire dans l’ordre.

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    1. Guillaume Bousquet
      23 janvier 2025

      C’est tout à fait vrai que les dégâts touchent autant la lecture que l’écriture. Et malheureusement, avec cette entrée visuelle de la fluence, on encourage à un apprentissage par coeur des mots, de manière visuelle et hors sens, ce qui est désastreux !

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  5. Bakpsy Psychologue
    16 novembre 2024

    Tout à fait d’accord, quelle gâchis
    Imposer la vitesse (chronomètre) dans un exercice, c’est activer le circuit du stress dans le cerveau des enfants.
    L’activation des autres circuits, de compréhension, de l’attention et plaisir sont désactivés.
    Il y’a beaucoup de désavantages dans l’apprentissage de la lecture.

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    1. Guillaume Bousquet
      23 janvier 2025

      Vous avez tout à fait raison de parler des circuits du stress. Pour certains enfants, ces exercices de fluence peuvent devenir traumatisants et complètement bloquer l’entrée efficace et plaisante dans la lecture !

      Répondre

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