Apprendre une comptine : comment développer les sens chez l’enfant ?
Vous vous souvenez encore des comptines que vous appreniez lorsque vous étiez enfant ? Certaines vous ont plus marqué que d’autres, j’en suis certain. Mais, comment ? De manière positive ou négative ? Eh oui, certaines comptines ont des paroles et des gestes qui « ferment » ou dénigrent les perceptions sensorielles. Celles-ci ont un impact négatif sur le cerveau. Vous vous dites que c’est impossible qu’une comptine, chanson anodine, ait un impact néfaste sur l’apprentissage des enfants ? Dans cet article, je vais vous donner mon avis en tant que facilitateur d’apprentissage et de bons outils pour apprendre une comptine aux enfants tout en développant leur sens.
C’est quoi une comptine ?
Une comptine est bien plus qu’une simple chansonnette : c’est un outil pédagogique qui accompagne les enfants dès leur plus jeune âge. Rythmée, répétitive et souvent ludique, la comptine joue un rôle essentiel dans l’éveil des tout-petits, notamment en crèche et à la maternelle.
Dans les crèches, les comptines sont utilisées quotidiennement pour apaiser, rythmer les activités ou créer des moments de complicité entre les enfants et les adultes. Elles permettent aux tout-petits de découvrir les sons, les mots et les phrases de manière naturelle et intuitive. Les enfants sont souvent encouragés à reproduire les gestes associés à certaines comptines, favorisant ainsi leur motricité fine et leur coordination.
À la maternelle, les comptines continuent de faire partie intégrante du quotidien. Elles sont utilisées pour aider à structurer la journée, mais aussi pour introduire des concepts plus complexes, comme les chiffres (ce qu’il faudrait éviter d’ailleurs), les couleurs ou les parties du corps. Grâce à leur répétition, les enfants développent leur mémoire, améliorent leur articulation, et apprennent à jouer avec la musicalité des mots.
La comptine est un véritable pont entre l’éveil sensoriel et le développement cognitif. Elle offre à l’enfant une approche douce de l’apprentissage tout en le plongeant dans un univers de jeu et de plaisir. Alors, comment apprendre une comptine à un enfant ?
Comment apprendre une comptine aux enfants ?
Apprendre une comptine à un enfant demande de la patience, de la répétition, mais aussi de l’amusement ! Voici quelques astuces pour rendre l’apprentissage à la fois efficace et plaisant :
- Répéter régulièrement : la répétition est la clé de la mémorisation chez les tout-petits. Plus l’enfant l’entend, plus il s’approprie les mots et le rythme.
- Utiliser des gestes : associer des gestes à la comptine rend l’apprentissage plus interactif. Les enfants aiment imiter, et en ajoutant des mouvements, ils mémorisent plus facilement les paroles. Les gestes contribuent également à renforcer la motricité et à ancrer les paroles dans la mémoire.
- Chanter en groupe : que ce soit à la crèche, à la maternelle ou à la maison, chanter en groupe est un excellent moyen de motiver l’enfant. En voyant les autres participer, il sera plus enclin à suivre le rythme et à réciter la comptine.
- Rendre l’apprentissage ludique : variez les plaisirs en utilisant des accessoires (comme des marionnettes ou des peluches) pour illustrer la comptine. Vous pouvez aussi transformer le moment d’apprentissage en un petit jeu où l’enfant doit deviner la suite des paroles ou compléter des phrases manquantes.
- Articuler les mots : prenez le temps de bien prononcer les mots de la comptine pour que les enfants puissent les traiter correctement et les comprendre. Et accentuez les consonnes plus que les voyelles pour développer l’écoute consciente des enfants.
- Adapter le rythme à l’enfant : chaque enfant évolue à son propre rythme. Soyez à l’écoute de ses réactions. L’apprentissage d’une comptine doit toujours être synonyme de plaisir, et non de contrainte.
Grâce à ces méthodes, l’enfant pourra non seulement mémoriser la comptine, mais aussi développer son langage, sa mémoire et sa coordination de manière ludique. Mais, alors, pourquoi je vous disais en intro qu’il existait des comptines avec une perception « négative » ? Je vous explique tout !
Quelles sont les différences entre une comptine d’ouverture et de fermeture ?
Entre 0 et 6 ans, le cerveau de l’enfant prend pour argent comptant ce qu’il vit (c’est d’ailleurs un des aspects de la plasticité cérébrale : le processus qui impacte les connexions synaptiques dépend de la fréquence de répétition des expériences vécues). Et les enseignants le savent bien : en classe, ça marche d’utiliser une comptine ou de faire mimer la fermeture éclair sur la bouche pour faire taire les tout-petits !
Le problème, c’est que certaines comptines mettent en mot et en geste la fermeture de perceptions sensorielles. Elles auront un impact à très long terme sur l’intégration sensorielle et donc sur l’apprentissage scolaire. Il s’agit alors de comptines de « fermeture » des sens. Je vous en donne deux exemples :
- La comptine « Pomme de reinette » : le coup de marteau sur les mains est typiquement le genre de comptine qui agit négativement sur la légitimité des mains dans le champ médian binoculaire (champ dans lequel nous utilisons nos mains et nos yeux). Comment écrire, lire, bricoler, colorier, dessiner, faire des activités de motricité fine sans nos mains dans ce champ médian ? Si le cerveau reçoit le message que les mains sont « vilaines » et que leur place c’est dans le dos, alors il ne faut pas s’étonner ensuite de la difficulté de nombreux enfants en motricité fine, en écriture et même en lecture (pour suivre avec son doigt la ligne lue par exemple). Cette comptine répétée régulièrement pourrait mettre en place une forme d’interdit inconscient d’utiliser ses mains dans son champ médian.
- « Je fais le tour de ma maison » : c’est une comptine où l’on ferme les oreilles, les yeux, la bouche, voire même on avale ou jette la clé très loin. Certes, initialement cette comptine avait pour objectif de préparer les enfants à un moment calme. Mais à cet âge-là, le cerveau ne prend pas en compte le contexte (quand bien même il serait explicité). Si encore au réveil ou après le temps calme, on faisait la comptine en sens inverse, pour réouvrir les organes sensoriels, ce serait bon. Mais ce n’est jamais pratiqué ainsi. Et le cerveau de l’enfant intègre que les oreilles, les yeux, la bouche doivent rester fermés. Or, pour apprendre, pour lire et écrire, pour réfléchir, pour compter…j’ai besoin de mes oreilles, de tous mes sens !
- « Loup y es-tu » : dans un autre genre, plus émotionnel que sensoriel, cette comptine renforce la peur chez l’enfant sur un objet (loup) complètement décalé avec notre réalité actuelle. Qui risque de croiser un loup en se rendant à l’école ? Quand on connaît l’effet de la peur sur le développement du cerveau, il est bon de sortir de ces histoires et comptines qui terrorisent les plus jeunes. Vous n’êtes pas d’accord ?
Portez votre attention sur les paroles des comptines e vous découvrirez qu’elles sont nombreuses à fermer des organes sensoriels, à les faire disparaître de leur champ d’application ou à les dénigrer.
Dans le programme RéEDUK’action que j’ai développé, je propose deux comptines d’ouverture : je pratique ces comptines pour rétablir la légitimité des perceptions sensorielles. Et bien des personnes (enfants comme adultes) se sont retrouvées débloquées dans leurs difficultés rien qu’avec cette activité, quelque peu différente de ce que nous avons l’habitude d’entendre.
Le principe des comptines d’ouverture, c’est de reprendre une comptine existante et de la faire en ouvrant les perceptions afin de libérer les blocages créés par les comptines de fermeture. Ainsi, le message reçu par le cerveau sera bien différent et les perceptions sensorielles prendront alors toutes leurs places, elles seront un appui pour la construction de l’individu et pour ses apprentissages. Et si vous voulez découvrir les deux comptines d’ouverture que je pratique, vous les trouverez dans les parcours de la RéEDUK’action. L’une fait partie du parcours MULTI’SENS pour libérer/ouvrir la vue, l’ouïe, la respiration et la parole. L’autre du parcours MULTI’SONS pour libérer/se réapproprier ses mains.
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Apprendre une comptine contribue au développement de l’enfant, et c’est pour cette raison qu’elles sont pratiquées depuis la crèche. À la maternelle, elles sont également bien implantées pour apprendre des notions aux enfants et pour agir sur le comportement de l’enfant. Mais maintenant que vous connaissez la différence entre une comptine d’ouverture et de fermeture, il est certain que vous n’allez plus les écouter pareil. Et si c’était le moment de proposer de nouvelles mélodies à vos enfants ?
▶️ Pour ne rien oublier afin d’apprendre une comptine avec plaisir
- Une comptine est utile pour développer les sens chez l’enfant
- Apprendre une comptine doit se faire avec le jeu et la bonne humeur
- Privilégiez les comptines d’ouverture pour booster leurs capacités sensorielles
- Et si vous inventiez votre propre comptine ?
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