Qu’est-ce que la pédagogie horizontale ?

Qu’est-ce que la pédagogie horizontale ?

Quand on pense à une salle de classe, on imagine souvent un enseignant devant les élèves, qui explique, pose des questions et des enfants qui écoutent et répondent. Une organisation tellement habituelle qu’on ne pense plus vraiment à la questionner. Mais est-ce vraiment la seule façon d’apprendre ? C’est justement ce que vient interroger la pédagogie horizontale ! Elle propose de donner davantage de place à l’enfant, à sa parole, à ses réflexions et à ses expériences. L’enseignant reste bien sûr celui qui transmet ses connaissances et pose le cadre, mais sa posture évolue : il accompagne, questionne, écoute et laisse aussi l’enfant chercher par lui-même. Et si apprendre pouvait aussi se construire dans l’échange et la coopération ? Je vous explique tout cela dans cet article !

Qu’est-ce que la pédagogie horizontale ?

La pédagogie horizontale repose sur une idée assez simple : l’apprentissage ne se fait pas uniquement dans un mouvement descendant, de l’enseignant vers l’élève. Il se construit dans la relation, l’échange et la coopération. Dans une pédagogie traditionnelle, la relation est souvent verticale : l’enseignant sait, l’élève ne sait pas encore. L’enseignant explique et l’élève écoute. L’enseignant pose une question et l’élève cherche la « bonne » réponse. Vous voyez le principe ? 

La pédagogie horizontale vient quelque peu bousculer cette organisation. Elle considère que l’enfant n’est pas simplement un récepteur de connaissances, mais qu’il possède déjà des expériences, des compétences et une capacité à réfléchir. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il faut laisser les enfants tout découvrir seuls. Ce serait une drôle de façon de faire de l’éducation ! L’enseignant conserve son rôle de professionnel et de garant du cadre. Mais il peut davantage partir de ce que l’enfant sait déjà, de ses questions, de ses expériences et de ses observations pour construire les apprentissages.

La parole prend alors une place particulièrement importante. Au lieu de demander uniquement :« Quelle est la bonne réponse ? »

On peut aussi demander :

  • « Comment as-tu trouvé cette réponse ? »
  • « Qu’est-ce que tu en penses ? »
  • « Est-ce que quelqu’un a une autre idée ? »
  • « Qu’est-ce qui te fait penser cela ? »

Et là, nous ne sommes plus simplement dans la transmission d’une connaissance. Nous sommes dans la construction du raisonnement !

On assiste aussi à une relation différente entre l’enseignant et l’élève. Dans la pédagogie horizontale, l’enseignant n’abandonne pas son rôle : il change simplement de posture. Il peut transmettre des connaissances, expliquer une notion ou donner une consigne, bien entendu. Mais il laisse également de la place à l’enfant pour chercher, expérimenter et verbaliser. C’est une différence importante.

L’objectif est de construire une relation pédagogique dans laquelle l’enfant est considéré comme un véritable acteur de ses apprentissages. Cela rejoint une question essentielle : comment demander à un enfant de devenir autonome si nous faisons systématiquement les choses à sa place ?

Quels sont les principes de la pédagogie horizontale ?

Derrière cette notion de pédagogie horizontale se trouvent plusieurs principes qui permettent de repenser la relation éducative. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est pas nécessaire de révolutionner toute sa classe du jour au lendemain !

1 – Faire confiance à l’enfant

Le premier principe est probablement le plus important : faire confiance aux capacités de l’enfant. Non, un enfant ne sait pas tout. Oui, il a besoin d’un adulte pour apprendre, être guidé et parfois être recadré. Mais cela ne signifie pas qu’il est incapable de réfléchir par lui-même ! 

Lorsqu’on lui laisse le temps de chercher une solution, de faire des hypothèses ou d’expliquer son raisonnement, on lui montre que sa pensée a de la valeur. Et cette confiance change beaucoup de choses. Un enfant qui sait qu’il a le droit d’essayer aura davantage tendance à prendre des initiatives. À l’inverse, un enfant qui pense que seule la réponse attendue compte risque rapidement de chercher à faire plaisir à l’adulte plutôt qu’à comprendre réellement.

2 – Donner une vraie place à la parole

La pédagogie horizontale accorde également une place importante à la parole. Mais attention : faire parler les enfants ne signifie pas simplement leur demander de répondre à des questions. Il s’agit de leur permettre de formuler leurs idées, expliquer leur raisonnement, poser des questions, exprimer leurs désaccords et écouter les autres.

La verbalisation devient alors un véritable outil d’apprentissage.

3 – Favoriser la coopération plutôt que la compétition

Dans une pédagogie horizontale, les autres élèves deviennent également des ressources pour apprendre. On peut réfléchir ensemble, confronter les idées, expliquer une notion à un camarade ou chercher une solution en groupe. L’enfant découvre alors qu’il n’est pas toujours nécessaire d’être le premier à trouver la réponse. Il peut aussi apprendre en écoutant quelqu’un d’autre.

La coopération développe par ailleurs des compétences essentielles : écouter, argumenter, attendre son tour, accepter un point de vue différent, négocier et construire une réponse commune. Autrement dit, les apprentissages ne se limitent plus aux connaissances scolaires. Ils participent également au développement des compétences sociales.

4 – Encourager l’autonomie

L’autonomie est un autre pilier de la pédagogie horizontale. Mais là encore, attention à ne pas confondre autonomie et « débrouille-toi tout seul ».

Un enfant autonome apprend progressivement à faire des choix, prendre des initiatives, chercher des solutions et comprendre ses propres besoins. L’adulte reste présent et intervient lorsque cela est nécessaire.

On peut, par exemple, proposer plusieurs façons de réaliser une activité, laisser les enfants choisir leur matériel ou leur permettre de chercher différentes solutions avant de donner la réponse. Petit à petit, l’enfant comprend qu’il peut agir sur son propre apprentissage.

📚 À lire : Comment développer l’autonomie des élèves ? 

5 – Laisser une place à l’erreur

Vous le savez si vous avez déjà lu les contenus de Pédago’Vie : l’erreur est loin d’être l’ennemie de l’apprentissage. Et dans une pédagogie horizontale, elle peut même devenir un véritable outil. Si l’enfant a peur de se tromper, il cherchera surtout à éviter l’erreur. Il attendra la validation de l’adulte, copiera éventuellement la réponse du voisin ou n’osera tout simplement plus participer.

À l’inverse, si l’erreur est considérée comme une étape normale, l’enfant peut expérimenter.

  • Il peut essayer
  • Se tromper
  • Recommencer
  • Modifier sa stratégie

Et comprendre pourquoi cela n’a pas fonctionné.

C’est exactement ce processus qui permet de construire un apprentissage sur le long terme. De mon côté, je suis heureux quand je vois des enfants se tromper 😁!

6 -Repenser la posture de l’adulte

Finalement, la pédagogie horizontale nous invite surtout à nous interroger sur notre propre posture en tant qu’adulte. Et cela pourrait faire l’objet d’un article tout entier 😏. 

  • Est-ce que je parle tout le temps ?
  • Est-ce que je donne immédiatement les réponses ?
  • Est-ce que je laisse suffisamment de temps aux enfants pour réfléchir ?
  • Est-ce que j’accepte qu’ils proposent une autre manière de faire ?
  • Est-ce que je prends réellement en compte ce qu’ils me disent ?

Ces questions peuvent parfois être inconfortables. Mais elles sont intéressantes ! Parce que mettre davantage l’enfant au centre de l’apprentissage demande aussi à l’adulte d’accepter de lâcher un peu de contrôle. Eh oui, ce n’est pas toujours facile, mais c’est loin d’être impossible !

Quels sont les avantages de la pédagogie horizontale ?

Alors, concrètement, qu’est-ce que cette approche peut apporter aux enfants ? La réponse est assez large, puisque la pédagogie horizontale agit à la fois sur les apprentissages, la motivation, l’autonomie et les relations sociales.

Une meilleure implication dans les apprentissages

Lorsqu’un enfant participe réellement à ce qu’il apprend, il n’est plus simplement spectateur.

Il cherche, questionne, expérimente et prend des décisions. Cette implication peut donner davantage de sens aux apprentissages. Et nous savons à quel point le sens est important pour apprendre.

Un enfant qui comprend pourquoi il apprend quelque chose et qui peut faire le lien avec son quotidien sera généralement davantage impliqué qu’un enfant qui accumule des notions sans comprendre à quoi elles servent.

Plus de confiance en soi

La pédagogie horizontale peut également contribuer à renforcer la confiance en soi.

Lorsqu’un enfant constate que son avis est écouté, que ses idées peuvent être discutées et qu’il a le droit de chercher, il développe progressivement une meilleure perception de ses capacités.

Il comprend qu’il peut réfléchir, essayer, se tromper, et surtout recommencer. Cette confiance ne se construit évidemment pas en un jour ! Mais chaque situation dans laquelle l’enfant est réellement acteur contribue à la développer.

Le développement des compétences sociales

Apprendre avec les autres, c’est aussi apprendre à vivre avec les autres.

Les échanges entre élèves permettent de travailler la communication, l’écoute, la coopération et la gestion des désaccords. Un groupe d’enfants qui cherche ensemble une solution va forcément rencontrer des points de vue différents. Et c’est une formidable occasion d’apprendre à argumenter sans imposer, écouter sans forcément être d’accord et construire quelque chose ensemble.

Une relation pédagogique plus riche

Enfin, la pédagogie horizontale peut transformer la relation entre l’adulte et l’enfant. L’enseignant ne devient pas un simple « copain » de ses élèves. Il reste le professionnel qui pose le cadre et accompagne les apprentissages. Mais il devient aussi un partenaire dans le processus d’apprentissage. Et ça, ça change pas mal de choses dans l’ambiance globale de la classe.  L’horizontalité ne supprime pas l’autorité ! Elle peut permettre de l’exercer autrement, avec davantage de confiance et de coopération.

Comment mettre en place une pédagogie horizontale en classe ?

Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de refaire entièrement sa salle de classe ou son programme pour commencer !

Quelques simples changements peuvent déjà faire une vraie différence.

  1. Donner davantage de place aux questions

En classe, on cherche souvent la bonne réponse. Celle qu’il faut trouver, noter, puis passer à la question suivante. Pourtant, avant de savoir répondre, il faut aussi apprendre à se poser des questions.

Au lieu de donner toutes les réponses aux enfants, on peut leur laisser davantage de place pour chercher ?

  • « Pourquoi ça fonctionne comme ça ? »
  • « Comment pourrait-on faire autrement ? »
  • « Qu’est-ce qui se passerait si… ? »
  • « Pourquoi tu penses ça ? »

Ces petites questions peuvent sembler simples, mais elles poussent l’enfant à réfléchir, à faire des liens et à aller plus loin dans sa réflexion. Elles l’amènent aussi à comprendre qu’il n’y a pas toujours une réponse immédiate à trouver.

C’est aussi une façon de redonner du plaisir à apprendre. Parce que lorsque l’enfant cherche réellement à comprendre quelque chose qui l’interpelle, il n’est plus simplement en train d’attendre que l’enseignant lui donne la réponse.

  1. Laisser un vrai temps de réflexion

Nous avons parfois tendance à vouloir aller trop vite. Une question est posée et, trois secondes plus tard, la réponse doit tomber. Mais le cerveau a besoin de temps pour traiter l’information. Alors, pourquoi ne pas laisser un peu de temps supplémentaire ? Pourquoi ne pas permettre aux élèves de réfléchir à deux avant de répondre ? Pourquoi ne pas accepter les silences ?

Le silence peut devenir aussi un temps d’apprentissage 😉 ! 

  1. Proposer des situations de coopération

Pour que la coopération  trouve vraiment sa place dans la classe, il faut proposer aux élèves des situations dans lesquelles ils ont besoin les uns des autres pour avancer.

Travail en petits groupes, résolution d’un problème à plusieurs, débat, projet collectif, recherche en binômes : les possibilités sont nombreuses. Et surtout, elles permettent de changer le regard que les enfants portent sur leurs camarades. Les autres élèves ne sont plus seulement ceux avec qui il faut se comparer ou essayer d’être « meilleur ». Ils deviennent aussi des partenaires d’apprentissage.

C’est aussi une manière de travailler l’écoute. Coopérer, ce n’est pas simplement être assis à plusieurs autour d’une table. Il faut apprendre à laisser parler l’autre, à entendre une idée différente de la sienne, à argumenter sans imposer son point de vue et à accepter de changer d’avis.

Et là encore, le rôle de l’enseignant reste essentiel. Il peut observer les échanges, aider les élèves à trouver leur place dans le groupe, relancer une discussion ou poser une question lorsque le groupe bloque. Il n’a pas besoin de donner immédiatement la solution. Il peut simplement créer les conditions pour que les élèves cherchent ensemble.

  1. Faire évoluer sa posture d’enseignant

Comme nous l’avons vu plus haut, parfois, c’est à nous, adultes de nous adapter et changer de posture : 

  • Observer davantage
  • Écouter réellement
  • Questionner plutôt que répondre immédiatement
  • Accepter les temps de recherche
  • Valoriser les raisonnements
  • Laisser une place à l’initiative

Ce sont parfois de petites choses, mais elles peuvent modifier profondément la relation pédagogique.

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Dans la pédagogie horizontale, attention à ne pas confondre liberté et absence de cadre !

C’est probablement le point qu’il est important de rappeler. Une pédagogie horizontale n’est pas une pédagogie sans règles : l’enfant a besoin de limites, de repères et d’un cadre sécurisant. L’horizontalité concerne surtout la manière dont on considère l’enfant dans la relation pédagogique.

Et si apprendre ensemble changeait aussi notre manière d’enseigner ?

La pédagogie horizontale nous invite finalement à regarder l’apprentissage autrement. L’enfant n’est pas une page blanche qu’il faudrait remplir de connaissances. Il arrive avec ses expériences, ses questions, ses représentations, ses envies et ses capacités de réflexion. L’enseignant, lui, n’a pas besoin de disparaître pour lui laisser de la place. Bien au contraire ! Il reste essentiel. Mais son rôle peut évoluer : transmettre, bien sûr, mais aussi accompagner, questionner, écouter, sécuriser et créer les conditions favorables à l’apprentissage.

Alors, enseignants, professionnels de l’éducation, parents : quelle place laissez-vous réellement à l’enfant dans ses apprentissages ? Peut-être que la première étape vers une pédagogie plus horizontale commence tout simplement par cette question.

3 points importants sur la pédagogie horizontale

  • La pédagogie horizontale donne davantage de place à l’enfant dans la construction de ses apprentissages.
  • Elle invite l’enseignant à faire évoluer sa posture sans abandonner son rôle de cadre et de repère. 
  • Elle favorise les échanges et la coopération pour apprendre aussi grâce aux autres.

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