L’apprentissage multisensoriel : une approche efficace pour tous

L’apprentissage multisensoriel : une approche efficace pour tous

L’apprentissage multisensoriel est une approche qui mobilise simultanément la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût, l’équilibre, l’intéroception et même la proprioception, afin de favoriser le développement cognitif. Ce n’est pas une simple méthode supplémentaire, c’est vraiment un levier pour rendre l’apprentissage plus naturel et surtout plus vivant ! Dans cet article, je vous explique les fondements de cette approche, et je vous donnerai quelques astuces pour l’appliquer dans votre salle de classe.

Mieux comprendre l’apprentissage multisensoriel

Apprendre, c’est avant tout vivre une expérience. L’apprentissage multisensoriel s’appuie sur cette évidence : nous apprenons mieux lorsque plusieurs sens sont mobilisés en même temps. La vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût, la proprioception (le sens du mouvement et de la position du corps), l’équilibre et l’intéroception participent ensemble à la construction du sens et de la mémoire.

Les recherches en neurosciences confirment ce que les pédagogues pressentaient depuis longtemps : plus un apprentissage engage de canaux sensoriels différents, plus il est efficace. C’est d’ailleurs ce que suggérait déjà Lev Vygotski, en affirmant que la perception, la parole et l’action sont indissociables du développement des fonctions mentales. En d’autres termes, le cerveau apprend mieux lorsqu’il associe le langage à l’expérience vécue ! 

Je ne peux pas parler d’apprentissage multisensoriel sans évoquer ce concept : la vicariance. Développé par le neuroscientifique Alain Berthoz, il décrit la capacité du cerveau à déléguer une fonction à un autre canal sensoriel lorsque l’un d’eux est limité. Par exemple, si la vue est moins bonne, alors le toucher ou l’ouïe peuvent prendre le relais, ce qui permet à l’individu de s’adapter et de continuer à apprendre. Cette souplesse cognitive montre que notre cerveau n’est pas figé : il crée sans cesse de nouvelles stratégies d’apprentissage, selon les contextes et les expériences vécues. C’est ce que l’on appelle aussi la plasticité cérébrale : bien qu’elle soit plus importante chez les enfants, cela n’empêche pas les adultes de faire évoluer leurs capacités cognitives, et ce, à tout âge.

D’ailleurs, la multisensorialité est présente dès la naissance. Avant même de voir clairement, le nouveau-né reconnaît les odeurs : les structures nerveuses liées à l’olfaction sont déjà fonctionnelles dès la fin du premier trimestre de grossesse. Le cerveau du fœtus, bien qu’encore immature, fait donc preuve d’aptitude de mémorisation grâce aux sens. 

 

Des expériences autour des odeurs des huiles essentielles ont permis de prouver que, dès les premiers instants qui suivent la naissance, les sensations olfactives déclenchent des réactions affectives et émotionnelles assez contrastées : en effet, certaines odeurs suscitent l’approche et l’appétence du nouveau-né, tandis que d’autres apportent du dégoût. 


Ainsi, l’éducation multisensorielle ne consiste pas simplement à « faire appel aux 8 sens », mais à créer des liens entre eux. En mobilisant la vue, l’ouïe, le toucher, le mouvement et la parole dans un même geste pédagogique, on favorise un apprentissage plus ancré dans le vivant.

La pédagogie de la parole au cœur de l’apprentissage multisensoriel

L’apprentissage multisensoriel est l’un des piliers essentiels de la pédagogie de la parole. Cette approche considère que la connaissance ne s’acquiert pas seulement par l’écoute ou la lecture, mais par l’engagement du corps tout entier. Et c’est exactement ce que je mets en avant dans l’ensemble de mes programmes à destination des professionnels et des établissements scolaires.

La pédagogie de la parole est une démarche éducative et pédagogique qui vise à activer les bons circuits neuronaux pour construire un apprentissage sur le long terme. Elle repose sur l’idée que la parole, quand elle est consciente et qu’elle accompagne les gestes et les émotions, devient un formidable outil. Parler, c’est déjà apprendre. Mais pour que cette parole prenne sens, elle doit s’intégrer complètement avec le corps : à travers le mouvement, la posture, mais aussi l’équilibre. 


C’est ce que j’aime mettre en avant dans cette pédagogie innovante autour de la parole : cette dernière permet de lier les perceptions sensorielles tout en développant le mouvement conscient. En effet, c’est en verbalisant ce que je vois, ce que j’entends ou ce que je touche que le mouvement devient conscient et que la proprioception s’ancre.

En fait, la pédagogie de la parole ne se contente pas de transmettre des mots : elle propose de faire vivre les apprentissages dans le corps, et de relier le langage à l’expérience sensorielle. D’ailleurs, en pédagogie de la parole, on parle de la parole consciente (du grec Logos) comme ce qui fait le lien entre le corps et l’esprit.

deux jeunes enfants font une expérience de chimie

Mettre en œuvre une pédagogie autour des sens avec vos élèves

L’approche multisensorielle joue un rôle central dans l’éducation : en effet, mobiliser plusieurs sens en même temps permet de renforcer la compréhension et la mémorisation. Le cerveau crée des connexions plus solides lorsqu’il reçoit des informations à la fois visuelles, auditives, tactiles, olfactives ou liées au mouvement. Cette façon d’apprendre favorise ainsi le développement du langage et des fonctions cognitives, tout en rendant l’expérience d’apprentissage plus naturelle et stimulante pour les élèves.

 

Pour mettre en œuvre cette approche en classe, il est essentiel de proposer aux élèves des expériences sensorielles variées. Je vous invite à varier les supports (livres, images, sons, matériaux à toucher, etc.) et à proposer des activités pratiques ou manuelles qui permettent aux enfants d’expérimenter et de manipuler les concepts qu’ils apprennent. L’exploration joue ici un rôle clé : observer, toucher, écouter ou sentir un objet, le manipuler, le décrire, contribue à créer des traces solides dans la mémoire.

une jeune fille touche une plante avec son vsisage

L’adaptation au profil sensoriel de chaque élève est également importante. Certains enfants, notamment ceux présentant des troubles spécifiques comme la dyslexie ou le TDAH, peuvent tirer un bénéfice particulier de la pédagogie multisensorielle.

Voici quelques exemples d’activités multisensorielles à proposer en classe (et n’hésitez pas à donner d’autres exemples dans la partie commentaire de cet article):

  • Jeux de devinettes tactiles : les élèves doivent identifier des objets uniquement par le toucher (et en se bandant les yeux s’ils le souhaitent 😁)
  • Exploration de textures variées : sable, tissu, mousse ou pâte à modeler pour stimuler le sens du toucher, et ce, à tout âge ! Ce n’est pas réservé aux enfants de maternelle. 
  • De la danse : une musique et c’est parti ! Laissez les enfants explorer leur corps, ressentir leurs mouvements. Cela fait un bien fou. 
  • Jeux olfactifs : faire sentir différentes odeurs (épices, fruits, herbes, etc) et inviter à les identifier.
  • Encouragez vos élèves à manipuler et observer des objets liés à ce que vous apprenez en ce moment. 
  • Lecture accompagnée d’expériences sensorielles : sentir une odeur ou manipuler un objet décrit dans le texte.
  • Des exercices Multi’Mouv® : passage de sacs de sable avec du rythme, balles rebondissantes. Je vous montre tout ça dans cette vidéo
  • Exercices combinant mouvement et parole : mimer ou tracer une notion pendant qu’on l’explique à voix haute.
  • Des pauses actives : courtes séances de respiration ou de mouvement pour se recentrer et améliorer la concentration.
  • Des comptines et des chansons mimées : en proposant des comptines d’ouvertures aux plus jeunes, on capte leur attention et on fait travailler l’ensemble des sens. 

En combinant ces activités, les élèves bénéficient d’un apprentissage riche, axé sur les sens, ce qui conduit inévitablement à stimuler la curiosité, à améliorer leur capacité d’attention, et à augmenter leur mémorisation. Ça vous donne envie de tester dans votre class

Les bienfaits de l’apprentissage multisensoriel chez les personnes DYS

Ce type d’apprentissage axé sur les sens se révèle particulièrement bénéfique pour les enfants présentant des troubles spécifiques de l’apprentissage, comme la dyslexie ou le TDAH. Ces élèves rencontrent souvent des difficultés pour traiter certaines informations avec un seul canal sensoriel, ce qui peut ralentir la lecture, l’écriture ou la mémorisation. En mobilisant simultanément plusieurs sens, l’enseignement multisensoriel offre au cerveau différentes voies pour comprendre et retenir l’information. Cette approche permet ainsi de compenser certaines difficultés et de renforcer les connexions neuronales, rendant l’apprentissage plus accessible.

enfant qui fait une activité sensorielle sur les formes et les couleurs

En combinant la parole, la manipulation d’objets, les gestes et les supports visuels, l’enfant peut relier le mot écrit au son, au geste et à la mémoire. Autre idée : renforcer l’usage de la parole dans ces activités (par exemple en lisant à voix haute, en répétant des mots ou en décrivant des gestes) améliore non seulement la mémorisation, mais aussi la conscience phonologique, un élément clé de la lecture.

L’objectif est de rendre chaque apprentissage concret en permettant à l’enfant d’utiliser tous ses sens pour compenser ses difficultés et gagner en autonomie. L’apprentissage multisensoriel pour les élèves DYS est un levier puissant qui facilite l’acquisition des compétences scolaires, il serait vraiment dommage de s’en passer ! 

Je ne peux pas finir cet article sans vous parler de la règle de Hebb dont je parle dans le livret théorique et pratique Multi’Mouv® : c’est une des connaissances neurologiques qui fonde l’approche multisensorielle. Cette règle met en avant ce concept : multiplier la sollicitation des sens dans un apprentissage, c’est multiplier le nombre de neurones. Intéressant, non ? 

Plus simplement, la règle de Hebb prouve que  : 

  • Multiplier les connexions neuronales entre les différentes aires cérébrales favorise l’intégration d’un apprentissage visé
  • Améliorer la densification neuronale (c’est-à-dire l’épaisseur des chemins neuronaux) permet de mieux utiliser notre potentiel cérébral (c’est comme pour le réseau routier : plus il y a de routes dans le cerveau, et plus ces routes sont grosses, meilleure est la circulation de l’information). 


L’apprentissage multisensoriel transforme la manière dont nous assimilons des connaissances : il fait lien entre nos sens et notre manière d’apprendre. Et bonus : cette approche offre un cadre qui profite à tous les élèves, quelles que soient leurs difficultés. Mettre en œuvre cette pédagogie dans vos classes ou dans votre quotidien permet non seulement de renforcer l’engagement et la curiosité des enfants, mais aussi de construire des apprentissages plus vivants. Vous serez seuls juges : lorsque vous aurez apporté l’apprentissage multisensoriel dans votre classe, vous allez vite observer des changements bénéfiques sur l’ensemble de vos élèves.

➡️ Tout ce qu’il faut savoir sur l’apprentissage multisensoriel

  • L’apprentissage multisensoriel mobilise simultanément plusieurs sens (vue, ouïe, toucher, odorat, goût et proprioception) pour renforcer la compréhension et la mémorisation.
  • La vicariance permet au cerveau de compenser un canal sensoriel limité en utilisant d’autres voies pour apprendre efficacement.
  • La pédagogie de la parole intègre mouvement, posture et gestes pour ancrer les apprentissages dans le corps et activer les circuits neuronaux.
  • L’exploration sensorielle et la manipulation d’objets variés favorisent la mémorisation et le développement cognitif des élèves.
  • L’approche multisensorielle est particulièrement bénéfique pour les élèves DYS, en leur offrant différentes voies pour comprendre, mémoriser et gagner en autonomie.

Ne manquez pas la publication des articles
du blog de Pédago’Vie !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Faire défiler vers le haut