Grammaire du sens : vivre la langue pour mieux la comprendre​

Grammaire du sens : vivre la langue pour mieux la comprendre

La grammaire n’a pas bonne réputation : règles à apprendre par cœur, matière rigide et ennuyeuse, et j’en passe. Pourtant, c’est un outil vivant qui permet de comprendre de nombreuses notions ! Je peux vous prouver que la grammaire peut être fun et ludique. C’est ce que propose la grammaire du sens : une approche pédagogique qui remet l’élève au centre de l’apprentissage, en partant de son vécu, de ses émotions, de ses représentations. Plutôt que d’enseigner des règles abstraites, on cherche ici à faire émerger du sens, en sollicitant toutes les dimensions de l’apprenant : corporelle, cognitive, langagière et sensorielle. C’est un changement de posture qui s’appuie sur les 5 secrets d’apprentissage que j’applique dans mes méthodes Pédago’Vie : l’évocation, l’analyse, la verbalisation, la temporalité et la manipulation multi-sensorielle. Envie d’en savoir plus sur ce concept de grammaire du sens ? Vous êtes au bon endroit !

Mieux comprendre la démarche de la grammaire du sens

La grammaire du sens s’inscrit dans une pédagogie profondément humaine qui s’appuie sur les apports des neurosciences et la pédagogie de Elisabeth Nuyts (notamment dans son ouvrage «La grammaire structurante»). Ce concept propose une approche active, vécue et progressive de l’apprentissage grammatical, en partant non pas des règles de grammaire, mais de l’individu lui-même. Pour introduire une notion comme le verbe ou le pronom, on commence par mettre l’apprenant en mouvement. L’enfant vit l’action : il court, saute, chante, etc. Ainsi, il retiendra plus facilement les notions. Mieux, il les comprendra !

Il est essentiel d’intégrer la grammaire dans une situation réelle, liée au corps, à l’environnement, à une temporalité concrète. Ensuite, on peut passer par la verbalisation en posant des questions qui engagent le dialogue : «Que fais-tu ? Quel est le verbe ? Qui parle ?». C’est là que l’on fait émerger, en pleine conscience, la notion grammaticale : nous sommes en plein dans l’évocation, la verbalisation et la temporalité ! Dans la grammaire du sens, tout part du «je» central : l’élève parle de ce qu’il fait, à partir de ce qu’il vit. Le pronom «je», ce n’est pas seulement celui qui agit, c’est celui qui dit ce qu’il fait. En ce sens, la grammaire devient une lecture de soi. Une fois que l’enfant a intégré le «je», on peut alors introduire progressivement le «tu», le «il», etc., en élargissant le point de vue.

Enfants en train de dessiner au sol avec des craies

Les neurosciences confirment l’importance de créer du lien entre les nouvelles notions et les connaissances antérieures. Comme l’explique Steve Masson, activer des neurones déjà utilisés permet de créer un réseau neuronal plus dense. L’élève apprend donc mieux quand il connecte ce qu’il découvre à ce qu’il connaît déjà, d’où tout l’intérêt de faire vivre en mouvement la grammaire. Mais l’apprentissage ne s’arrête pas au «je». Il faut aussi ouvrir l’élève au monde. Appliquer la grammaire à des situations extérieures à soi permet de se percevoir comme différent, tout en partageant les mêmes mécanismes que les autres. 

Cette conscience nourrit la compréhension, la tolérance et le lien social. C’est pourquoi il est essentiel de proposer aux enfants des scènes du quotidien à observer, à décrire, à imaginer que ce soit à travers des livres, des images, des photographies tout en leur posant les bonnes questions pour les inciter à puiser dans leur réflexion. Ensuite, pour fixer ces notions autour de la grammaire de sens, on passe par l’écrit. Pas juste en remplissant des trous (comme de nombreux exercices proposés en classe) mais bien en rédigeant des phrases complètes. C’est ainsi que la grammaire devient une langue vivante, une langue qui fait sens, une langue qui relie.

«Le langage est une activité de mise en discours du monde»

Patrick Charaudeau, linguiste

Construire des repères solides avec l’étayage grammatical

L’étayage grammatical joue un rôle central dans le développement de la grammaire du sens. Il s’agit de construire progressivement des repères stables, en respectant la manière dont l’apprenant intègre les notions par l’expérience, la perception et la conscience de soi dans l’espace et dans le temps. Pour que l’enfant puisse véritablement comprendre les notions grammaticales, il ne suffit pas de les présenter de manière abstraite : il faut les relier à ce qu’il vit et ressent.

Chaque notion grammaticale repose sur des compétences préalables qu’il est essentiel d’avoir intégrées de manière consciente. Par exemple, avant d’aborder les prépositions, l’élève doit avoir développé la vue consciente, la proprioception (conscience de son corps dans l’espace) et la latéralisation (gauche/droite). Ce socle sensoriel est indispensable pour appréhender les relations spatiales exprimées par les prépositions. De même, comprendre l’adjectif qualificatif suppose une capacité à mobiliser ses perceptions sensorielles conscientes et à faire la distinction entre les différents sens du verbe être. Lorsque l’on aborde les adjectifs possessifs, il est nécessaire que l’enfant ait déjà intégré la place du « je » central (ce «je» qui parle, observe et se situe) ainsi que le rôle des pronoms personnels pour distinguer les points de vue (mon/ton/son).

Chaque nouvelle notion est donc étroitement liée à des compétences ou connaissances antérieures, qu’il convient de consolider. C’est tout le principe de l’étayage : construire étage après étage, une grammaire enracinée dans le sens, le vécu et la conscience de l’apprenant. Ainsi, l’élève n’additionne pas des règles déconnectées, mais développe une structure mentale cohérente qui lui permet de comprendre le fonctionnement de la langue dans son ensemble. C’est cette approche progressive et intégrée qui permet à la grammaire de devenir un véritable outil de pensée et de communication, et non plus une simple série de règles à mémoriser.

trois enfants en train de regarder avec joie un livre pour apprendre la grammaire

La schématisation au service de la grammaire du sens

Comprendre avant tout : c’est la base de la grammaire du sens. Pour comprendre une phrase, il est nécessaire de maîtriser l’orthographe grammaticale ; pour comprendre les mots, on se doit de maîtriser une orthographe lexicale solide. C’est en ancrant ces deux dimensions dans une compréhension profonde que l’enfant peut véritablement s’approprier la langue. Et pour cela, la schématisation est un outil d’une efficacité remarquable. Vous avez déjà fait un croquis à main levée pour expliquer un concept à quelqu’un ? Bien joué, car schématiser, c’est exactement ce qu’il faut faire pour apprendre plus facilement. 

Pour aider l’enfant à assimiler une phrase ou un concept grammatical, il est essentiel de l’amener à se faire une image mentale claire et concrète. C’est ce que propose la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), une approche qui s’intéresse à la manière dont les individus utilisent leur cerveau pour apprendre. En PNL, on parle d’évocation : il s’agit d’activer une image intérieure de ce qu’on lit ou entend. Plus tôt l’enfant développe cette compétence, plus rapidement il sera à l’aise pour imaginer, comprendre, puis formuler ses propres phrases. Dans cette logique, la schématisation devient une porte d’entrée vers la pensée. C’est un levier cognitif puissant. Dessiner une action, un sujet, un objet ou un décor permet à l’enfant de donner corps à des éléments souvent trop abstraits. Et surtout, cela l’aide à ancrer les notions dans une réalité vécue ou imagée, ce qui facilite la mémorisation à long terme.

Bonne nouvelle : pas besoin de savoir dessiner pour schématiser ! Il ne s’agit pas d’illustrer un conte, mais de représenter les éléments essentiels de la phrase de manière simple et lisible. Un personnage, une flèche, un objet, un lieu, etc. Voilà des outils graphiques qui aident l’élève à structurer sa pensée.

Et il n’y a pas d’âge pour cela. De l’élémentaire au collège, et même au lycée et dans la vie adulte, la schématisation reste une stratégie précieuse pour travailler la compréhension, aussi bien en français qu’en mathématiques et dans bien d’autres domaines. Elle permet également de répondre à des besoins spécifiques . Et si la schématisation ou l’image mentale ne suffisent pas, on peut proposer des manipulations concrètes (figurines, cartes, gestes, objets).

Petite précision : l’objectif n’est pas de tout schématiser, mais de donner du sens par l’image afin que l’information soit comprise de manière concrète.

Mains d'un enfant en train de dessiner sur un cahier avec des crayons pastels de différentes couleurs

La PNL, dans ses approches pédagogiques, utilise une forme de grammaire sobre et accessible. Elle parle de vedette pour le sujet, de ce qui bouge pour le verbe d’action, d’objet pour le complément d’objet, et de décor pour les compléments circonstanciels. Les termes grammaticaux traditionnels (sujet, COD, COI, CC…) viennent dans un second temps, une fois que la structure a pris sens. Cette démarche rejoint pleinement celle de la grammaire du sens : mettre le vécu et l’expérience de l’enfant au cœur de l’apprentissage, puis structurer avec des mots justes. La schématisation, combinée à l’évocation mentale, donne aux enfants les moyens de comprendre profondément ce qu’ils disent, lisent ou écrivent. C’est une grammaire qui s’appuie sur le réel, sur le corps et sur l’imagination, et c’est justement cela qui la rend si puissante.

On a tendance à trouver les cours de grammaire ennuyeux, avec trop de règles à retenir. Pourtant, si l’on met en place la puissance de la grammaire du sens, on peut vite constater les bienfaits sur les apprenants. À travers votre enseignement, je vous encourage vivement à donner un nouvel angle à vos stratégies d’apprentissages en continuant à vous former et à tester de nouveaux outils. N’oubliez pas, la grammaire, comme beaucoup d’autres matières scolaires, ça se vit !

➡️ Tout ce qu’il faut savoir sur la grammaire du sens

  • La grammaire du sens remet l’élève au centre de l’apprentissage en partant de son vécu, de ses émotions et de son corps.
  • Cette approche s’appuie sur les neurosciences et sur le concept que le mouvement facilite les apprentissages. 
  • L’étayage grammatical permet de construire des repères solides, en reliant chaque notion à des compétences sensorielles. 
  • La schématisation est un outil puissant pour aider l’enfant à visualiser, comprendre et mémoriser les concepts abstraits de la grammaire.
  • La grammaire est un moyen de structurer la pensée et de mieux comprendre le monde, plutôt qu’un ensemble de règles figées.

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