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Comment bien enseigner en maternelle ?

Quand on pense à la maternelle, on imagine souvent des enfants qui font des jeux, de la pâte à modeler et qui chantent des comptines tout en écoutant attentivement les consignes de leur enseignant. Mais est-ce vraiment seulement de cette façon que les premières années d’école s’organisent ? À cet âge, ils ont aussi besoin de bouger, de manipuler, de parler, d’expérimenter et de recommencer, encore et encore. Alors, comment bien enseigner en maternelle sans oublier tout cela ? C’est justement ce que nous allons voir dans cet article.

La rentrée en maternelle : la découverte de l’école

Un jeune enfant ne passe pas sa journée à mémoriser des informations comme un adulte. Il découvre son environnement, observe, imite, pose des questions, bouge, et recommence. Bref, il apprend en faisant ! C’est important de le rappeler parce qu’il est parfois tentant de séparer les moments : d’un côté les « vrais apprentissages », de l’autre le jeu, la motricité ou les activités de manipulation.

Pourtant, tout peut s’articuler. Un enfant qui construit une tour travaille sa coordination, sa précision, sa réflexion et parfois même les premières notions de mathématiques. Celui qui raconte une histoire développe son langage et sa capacité à organiser sa pensée. Celui qui se déplace dans l’espace apprend également à mieux connaître son corps et à prendre des repères. On le voit : apprendre en maternelle passe donc par le corps, les sens, le langage et les interactions avec les autres 😁.

C’est aussi pour cette raison que le mouvement mérite une vraie place dans la classe : il peut faire partie intégrante d’une situation d’apprentissage. Chercher, se déplacer, reproduire un geste, utiliser son corps pour mémoriser, manipuler du matériel : tout ça, c’est la clé pour apprendre avec plaisir, et surtout se souvenir des notions travaillées. 

Avec Pédago'Vie®, cette approche occupe une place importante : le mouvement est considéré comme un véritable support pour apprendre, et pas seulement comme une activité réservée à la récréation !

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Apprendre autrement en maternelle : et si on regardait aussi du côté de Céline Alvarez ?

Céline Alvarez a mené une expérience unique dans une maternelle en zone d’éducation prioritaire et « plan violence », à Gennevilliers. 

En respectant « les lois naturelles de l’enfant », elle a mis en avant une nouvelle forme d’éducation. Plus respectueuse, plus à l’écoute et mieux adaptée pour les plus jeunes. 

Les résultats ont été incroyables. Après les deux années de cette expérience éducative, tous les enfants de grande section savaient lire. Encore mieux : 90 % des enfants qui étaient en moyenne section étaient lecteurs et affichaient d’excellents résultats. 

Mais ce n’est pas tout, à côté de ces apprentissages scolaires, comme la lecture, l’écriture et le calcul, ils avaient développé de grandes qualités morales et sociales. 

En se mettant à hauteur d’enfant et en prenant le temps de laisser vivre les élèves de cette classe, Céline Alvarez a développé leur attention, leur concentration et leurs facultés cognitives. Et c’est en se basant sur les neurosciences et ses observations qu’elle explique que la posture que l’on adopte avec un enfant est essentielle à son bon développement. 

Finalement, ces questions nous ramènent à l’essentiel : bien enseigner en maternelle, c’est d’abord comprendre que l’enfant est capable d’apprendre activement. Prêt pour tester ?

Les ingrédients d’une pédagogie efficace en maternelle

Une fois ce principe posé, place à la pratique ! Parce qu’un beau discours sur les pédagogies innovantes ne sert pas à grand-chose s’il ne permet pas de changer quelque chose dans la classe. Parfois, quelques évolutions suffisent pour donner davantage de place à l’enfant et rendre les apprentissages plus actifs : 

  • Faire du mouvement un véritable outil pédagogique

Place au mouvement, au corps qui bouge, à l’esprit qui cherche et à la bonne humeur !  

En maternelle, le mouvement peut être utilisé pour travailler la mémoire, la coordination, les repères dans l’espace, l’attention et d’autres notions scolaires. On peut, par exemple, faire associer un déplacement à une consigne, faire chercher une réponse dans la classe ou proposer une activité qui combine mouvement et langage.

Mais attention, l’objectif n’est pas de faire bouger les enfants pour juste les faire bouger : en effet, le mouvement a réellement un objectif pédagogique ! 

C’est d’ailleurs toute la philosophie des approches que je cherche à développer autour du mouvement et de l’apprentissage : utiliser l’activité corporelle comme un levier et non comme une simple pause dans la journée. 

C’est aussi pour ça que je suis très favorable à l’école dans la nature pour la maternelle : mettre le plus possible les enfants en contact avec la nature pour développer leurs sens et tant d’autres compétences, c’est essentiel !

  • Apprendre par le jeu et la manipulation

En maternelle, le jeu est partout. Et tant mieux ! Mais il ne s’agit pas seulement de « laisser les enfants jouer » lorsqu’ils ont terminé leur travail. Le jeu peut être pensé comme un véritable support pédagogique Un jeu de classement permet de comparer et catégoriser. Un jeu de construction fait travailler la précision et la représentation dans l’espace. Un jeu de langage enrichit le vocabulaire. Un jeu de règles permet d’apprendre à attendre son tour, à écouter et à respecter une consigne.

La manipulation joue le même rôle. Avant de demander à un enfant de comprendre une notion de manière abstraite, pourquoi ne pas lui permettre de la vivre concrètement ?

Toucher, déplacer, trier, assembler, comparer, tester, etc. Toutes ces expériences donnent du sens à ce qui est appris.

 

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  • Donner une vraie place au langage

En maternelle, le langage ne devrait pas être réservé au moment du regroupement. Un enfant apprend en parlant. Il apprend aussi en écoutant les autres, en cherchant ses mots, en racontant ce qu’il vient de faire ou en essayant d’expliquer quelque chose.

📚À lire : comment développer le langage en maternelle ? 

On peut profiter d’une activité de manipulation pour demander :

  • « Qu’est-ce que tu fais ? »
  • « Pourquoi as-tu choisi cette pièce ? »
  • « Comment pourrais-tu faire autrement ? »
  • « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

L’idée n’est pas de transformer chaque activité en interrogatoire, rassurez-vous 😁 ! Mais il s’agit simplement de multiplier les occasions de parler, écouter, reformuler et expliquer.

D’ailleurs, la formation MATERN’ACTION que je propose rappelle notamment l’importance du langage et de l’écoute dans la préparation à la lecture et à l’écriture. Et donne surtout de nombreux outils pour mettre ça en place !

  • Encourager l’autonomie

L’autonomie est souvent citée comme un objectif de la maternelle. Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Ce n’est pas demander à l’enfant de se débrouiller seul ! L’enfant a besoin de sentir la présence de l’adulte, de se sentir encouragé et aidé s’il en formule la demande. Ainsi, cela va lui permettre, progressivement, de faire seul ce qu’il est capable de faire seul : 

  • Choisir son matériel
  • Chercher une solution
  • Commencer une tâche
  • Ranger après une activité
  • Faire un choix entre plusieurs possibilités
  • Demander de l’aide lorsque c’est nécessaire

L’environnement joue ici un rôle essentiel. Il convient d’aménager l’espace classe avec du matériel accessible, des espaces clairement identifiés et des habitudes bien installées qui permettent à l’enfant de prendre progressivement sa place.

  • Favoriser la coopération

À l’école maternelle, on apprend aussi avec les autres. Chercher à deux, construire ensemble, comparer ses idées, expliquer une démarche ou réaliser un projet collectif sont autant de situations qui permettent aux enfants de développer leurs compétences sociales tout en apprenant.

La coopération demande cependant un petit apprentissage. Il faut apprendre à écouter, attendre son tour, proposer une idée sans imposer, accepter de ne pas être d’accord et parfois changer d’avis. Ça peut parfois être long à intégrer, mais c’est un travail de chaque instant : pensez à donner l’exemple ! 

Et finalement, ce sont aussi de très beaux apprentissages pour la vie en groupe. 

3 tips pour commencer dès maintenant à bien enseigner en maternelle

Pas d’inquiétude, il n’y a pas besoin de changer toute son organisation ou de refaire complètement sa manière d’enseigner pour commencer à faire évoluer ses pratiques. Parfois, un petit changement suffit pour observer autrement les enfants, leur laisser davantage de place et rendre les apprentissages plus actifs. Voici trois pistes simples à tester dès maintenant dans votre classe.

1. Observer avant d’intervenir

C’est probablement l’un des conseils les plus simples, et pourtant, pas toujours le plus facile à appliquer : bien observer. Lorsqu’un enfant n’arrive pas à faire quelque chose, notre premier réflexe est souvent d’intervenir. Nous expliquons à nouveau, montrons comment faire ou donnons carrément la solution. Après tout, nous sommes là pour aider les enfants à apprendre.

Mais que se passerait-il si nous attendions quelques secondes avant d’intervenir ?

Observer un enfant en train de chercher est très instructif. Comment s’y prend-il ? Que comprend-il déjà ? Quelle stratégie utilise-t-il ? Est-ce qu’il essaie autre chose lorsqu’il se trompe ?

Parfois, l’enfant n’a pas besoin d’une nouvelle explication. Il a simplement besoin de temps. Cette posture demande parfois de lutter contre notre envie d’aller vite. Pourtant, laisser l’enfant chercher, tâtonner et se tromper fait partie de l’apprentissage.

Et cela permet également à l’enseignant de mieux connaître ses élèves. En les observant réellement, on voit leurs besoins et parfois leurs capacités que l’on n’avait pas encore remarquées. D’ailleurs, dans l’expérience de Céline Alvarez, l’observation prenait une grande place : les observations étaient notées et servaient d’évaluation des progrès (pas d’évaluation type mais de l’observation avant tout). Donc c’est un vrai constat : l’observation permet de voir les progrès de l’enfant et son développement.

2. Transformer une activité classique en situation active

Vous avez déjà vos activités, vos albums, votre matériel et votre progression qui sont prêts ? Parfait. Il n’est pas nécessaire de tout jeter ! Commencez plutôt par vous demander : comment rendre cette activité plus active pour les enfants ? Parce que oui, en maternelle, une même notion peut être travaillée de dizaines de façons.

Vous devez travailler le vocabulaire ? Pourquoi ne pas faire chercher les objets dans la classe, les faire décrire à un camarade ou jouer à un petit jeu de devinettes ? Vous travaillez les quantités ? On peut compter en manipulant, en allant chercher le bon nombre d’objets ou en se déplaçant vers la quantité demandée.

Vous travaillez une histoire ? Pourquoi ne pas faire remettre les images dans l’ordre, jouer une scène, raconter l’épisode à plusieurs ou associer des gestes aux personnages ?

Même une activité qui semble très « scolaire » peut donc prendre une autre forme.

Et c’est là que le mouvement, le jeu et la manipulation deviennent particulièrement intéressants. Ils ne viennent pas forcément remplacer l’activité initiale. Ils peuvent simplement venir la compléter et permettre aux enfants d’entrer autrement dans la notion.

Prenons encore l’exemple du graphisme. Plutôt que de passer directement au crayon et à la feuille, pourquoi ne pas commencer par faire tracer de grands gestes avec le bras, travailler une forme avec le doigt dans le sable, reproduire un mouvement dans l’espace ou utiliser différents supports ?

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L’enfant expérimente d’abord avec son corps et ses sens avant de passer progressivement à une trace plus précise. Et surtout, cela permet d’éviter un piège assez fréquent : penser qu’une activité ludique serait forcément moins sérieuse qu’une fiche.

Un enfant qui manipule, bouge, cherche et échange est bel et bien en train d’apprendre ! Vous allez vite vous en apercevoir après quelques tests.

3. Préparer les apprentissages fondamentaux en travaillant leurs bases

En maternelle, on pense naturellement à la préparation à la lecture, à l’écriture ou aux premières notions mathématiques. Mais avant de demander à un enfant d’écrire, de lire ou de reconnaître une quantité, certaines compétences doivent progressivement se construire.

Le langage, l’écoute, l’attention, la motricité, la coordination, les perceptions sensorielles, le repérage dans l’espace : toutes ces compétences participent aux fondations des apprentissages futurs. C’est un point essentiel : préparer les apprentissages fondamentaux ne signifie pas faire faire aux enfants de maternelle toujours plus d’exercices qui ressemblent déjà à ceux du primaire.

Et même avant tout cela, les fonctions exécutives sont reconnues comme des fondations de l’apprentissage. 

Cela signifie aussi leur permettre de développer les compétences fondamentales dont ils auront besoin plus tard. Un enfant qui travaille sa coordination œil-main ne fait pas « simplement de la motricité ». Il développe des capacités qui pourront ensuite être utiles dans de nombreux apprentissages. 

L’intérêt est de disposer d’activités concrètes et ludiques, qui peuvent trouver leur place dans la classe sans donner aux enfants l’impression de faire déjà « comme les grands ». Car c’est peut-être cela, finalement, l’un des grands enjeux de la maternelle : préparer sans brûler les étapes. On peut préparer la lecture sans faire lire trop tôt. Préparer l’écriture sans multiplier les fiches. Préparer les mathématiques sans transformer les journées en exercices. On construit d’abord les fondations. Et ensuite, l’enfant pourra progressivement aller plus loin.

L’importance des fonctions exécutives en maternelle

Les fonctions exécutives, ce sont les capacités qui nous permettent de piloter nos pensées et nos actions pour atteindre un objectif. Elles nous aident à nous concentrer, à retenir une information, à contrôler une réaction, à nous adapter à une situation ou encore à changer de stratégie lorsque quelque chose ne fonctionne pas.

Chez le jeune enfant, ces capacités sont en plein développement. C’est notamment pour cela qu’un enfant peut connaître une règle et avoir malgré tout du mal à la respecter, oublier une consigne quelques secondes après l’avoir entendue ou se montrer démuni lorsqu’une activité ne se déroule pas comme prévu. Il ne s’agit pas simplement d’une question de volonté : ces compétences se construisent plus facilement entre 3 et 6 ans. La maternelle est donc le moment idéal pour les développer.

Je distingue notamment trois grandes fonctions exécutives :

  • La mémoire de travail, qui permet de garder une information en tête pour l’utiliser
  • Le contrôle inhibiteur, qui aide à résister à une impulsion 
  • La flexibilité cognitive, qui permet de s’adapter et de changer de stratégie

Elles sont considérées par le centre du développement de l’enfant de Harvard comme des fondations biologiques. Il est préconisé de favoriser la construction de ces compétences, quitte à retarder l’entrée dans les apprentissages scolaires. Et la maternelle est un formidable terrain pour les développer ! Un jeu où il faut attendre son tour, une activité qui demande de retenir plusieurs consignes, un parcours où la règle change ou encore une situation dans laquelle l’enfant doit trouver une autre solution lorsqu’il se trompe : toutes ces expériences sollicitent les fonctions exécutives.

 

Alors, comment bien enseigner en maternelle ? En laissant davantage de place au jeu, au mouvement, à la manipulation, au langage et à l’autonomie ! C’est presque aussi simple que ça ! Pas besoin de tout changer : quelques évolutions dans sa posture et ses pratiques peuvent déjà permettre aux enfants d’être plus actifs dans leurs apprentissages. Et si bien enseigner commençait simplement par leur faire davantage confiance ?

➡️ 3 points clés pour bien enseigner en maternelle

  • Le mouvement, le jeu et la manipulation permettent aux enfants d’apprendre de manière active et concrète.
  • Observer les enfants et leur laisser davantage de place favorise leur autonomie et leur engagement dans les apprentissages.
  • Préparer les apprentissages fondamentaux passe aussi par le développement du langage, de la motricité, de l’attention et des compétences sensorielles.

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